Cannabis : de la violence à la psychose

Publié le par psyagora

In Mediapart-25 Août 2009 par Marie-Hélène Léon Tandis qu'un débat agite la Californie sur une éventuelle légalisation du cannabis, le lien entre l'augmentation des violences et celui de la consommation de drogues, est avancé par de nombreux chercheurs. Bien mal nommé "drogue douce", le cannabis entraîne son consommateur vers la violence et parfois la folie. La conférence de consensus de psychiatrie analyse son effet sur les schizophrénies débutantes.

 

L'augmentation des violences parmi les jeunes en France à partir de la fin des années quatre-vingt-dix s'est opérée parallèlement à une augmentation de la consommation des drogues illicites et notamment du cannabis.

Beaucoup de spécialistes pensent qu'il existe entre le développement des violences et l'abus de psychotropes comme le cannabis, non seulement une concomitance temporelle mais aussi un lien qui donne lieu à plusieurs interprétations. Pour certains, il s'agit d'un mal-être adolescent qui penche du côté de la dépression, et pour d'autres l'origine se trouve dans une attitude compulsive et une sociabilité intense, sans qu'il soit exclu qu'une forte impulsivité ou la recherche de sensations ne soit le masque d'une expression dépressive.

 

D'autres travaux évaluent l'impact des addictions aux substances psychoactives, dont le cannabis, chez les personnes hospitalisées en psychiatrie pour un autre motif que celui de l'addiction. Il en ressort que les patients dépendants du cannabis respectent moins bien le traitement médicamenteux, ont des problèmes pénaux plus fréquents, et souffrent globalement de difficultés dans leur adaptation sociale (ce dernier point est partagé par les personnes addictives à l'alcool).

 

La Fédération française de psychiatrie qui réunissait en janvier 2003 une conférence de consensus sous la présidence du professeur Michel Marie-Cardine, psychiatre et spécialiste du  traitement psychothérapique des psychotiques, relève un certain nombre d'observations sur les substances psychoactives et les schizophrénies débutantes.

Il ressort des différentes études que parmi les substances psychoactives, le cannabis constitue un des facteurs de risque les plus significatifs. Or, plus de la moitié des adolescents ont consommé au moins une fois du cannabis. La consommation régulière de cannabis chez les personnes hospitalisées pour un épisode psychiatrique varie entre 23% et 50%.

Sur les personnes ne souffrant d'aucune maladie psychique, les substances psychoactives entraînent l’apparition de troubles d’allure psychotique. Chez ces mêmes personnes, la prise de cannabis induit des manifestations psychotiques aiguës dans 15% des cas. Elles régressent généralement.

Le syndrome amotivationnel (indifférence affective, inhibition, pauvreté intellectuelle,  ralentissement de la pensée) est lié à une imprégnation cannabique importante, évoquant une forme déficitaire de schizophrénie. Il régresse en quelques semaines d’abstinence.

Chez les personnes déjà diagnostiquées comme schizophrènes, les substances psychoactives sont susceptibles de majorer les symptômes psychotiques. Le cannabis en particulier provoque un début plus précoce de la maladie, l’augmentation des rechutes, une plus grande sévérité des épisodes, et une moindre adhésion aux soins.

Les recherches récentes convergent pour insister sur le rôle probable du cannabis dans l’émergence de troubles psychotiques pouvant évoluer jusqu’à une schizophrénie chez les personnes vulnérables. Le risque est proportionnel à l’augmentation de la consommation, même sans aller forcément jusqu’à un usage intensif ou une dépendance (il est vraisemblable que l’ecstasy présente des risques similaires).

 

La conférence conclut sur la nécessité de ne pas banaliser l’usage du cannabis, et de revenir sur sa banalisation antérieure ; d'informer largement le public et les professionnels des risques de psychose induits par le cannabis et les autres substances psychoactives (particulièrement l’ecstasy dont la consommation augmente dans la population adolescente) ; et de poursuivre les études sur la population générale dans ces domaines.

Ces études montrent que les drogues douces n'existent pas ; elles attentent toutes durement à la vie.

 

Pour en savoir plus: http://psydoc-fr.broca.inserm.fr

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