Psychiatrie : et maintenant les soins à domicile

Publié le par psyagora

 

In Pin Nice-matin, jeudi 11 juin 2009

Le processus est inexorable : le nombre de lits d'hospitalisation en psychiatrie continue de décroître. Mais pas les besoins. Les Centres d'accueils psychiatriques (CAP), à l'instar de celui localisé à l'hôpital Saint-Roch de Nice, se retrouvent ainsi régulièrement débordés, tout autant que les accueils de jour et les Centres médico-psychologiques (CMP), des structures intégrées dans la cité, qui ont pris le relais de l'hôpital.

Tentatives de suicides, maladies psychiatriques en phase aiguë, patients en décompensation psycho-pathologique..., « tous les jours, les CMP et les urgences accueillent des personnes qui ne vont pas bien, qui souhaitent être hospitalisées... Jusqu'à présent, nous n'avions que deux possibilités : leur trouver des lits quand cette issue s'impose, ou renvoyer les personnes chez elles, sans ignorer les risques que cela peut parfois comporter... », explique le Dr Jean-Yves Giordana, responsable du Pôle 8/10 de psychiatrie générale des Alpes-Maritimes (1) qui assure la prise en charge d'une file active de 2 000 patients.

Amener les équipes chez le patient

Une troisième solution est expérimentée dans le département depuis quelques semaines par ce pôle : le SSIIC ou Service de soins intensifs intégrés dans la communauté. Il s'agit en clair, d'amener les équipes de soignants, médecins, infirmiers (une quinzaine de personnes au total), au domicile des malades nécessitant une surveillance médicale rapprochée, après un accueil au CMP, aux urgences ou dans le cadre d'un accompagnement à long terme. « Les rares expériences de ce type menées à ce jour, notamment à Lille, se sont traduites par une réduction sensible du nombre et de la durée des hospitalisations, ainsi que d'une diminution des rechutes ».

Selon les besoins, ces unités mobiles se déplacent jusqu'à plusieurs fois par jour, pour s'assurer que tout va bien, qu'il existe une bonne observance médicamenteuse... Chaque infirmier dispose d'un ordinateur portable qui lui permet de transmettre en direct au CMP, depuis le domicile, toutes les informations nécessaires sur le patient.

L'hôpital n'est pas une prison

« Le SSIIC représente une nouvelle étape dans le processus de désinstitutionnalisation des malades psychiatriques, qui a débuté dans les années 70, avec le développement de la politique de secteur, mais qui s'est ensuite heurté au problème du fléchissement de la démographie de soignants », explique le Dr Giordana. C'est ainsi que l'on assiste depuis quelque temps à un retrait progressif de la place des équipes de santé mentale dans la cité au profit de l'hôpital.

Or, toute la question qui se pose aujourd'hui est de savoir comment on doit soigner les malades psychiatriques. Pour de nombreux spécialistes, à l'instar du Dr Giordana, on doit privilégier, dans la mesure du possible, le soin dans l'environnement naturel, sans négliger les ressources, sous-évaluées, des patients, à se reconstruire. « L'hôpital n'est pas une prison où l'on enferme indéfiniment les gens. Souvent, on a recours de façon excessive à cette solution, sans être conscient que cela génère d'autres problèmes, et notamment celui de la réinsertion dans la communauté, après une longue période de désocialisation ».

Menée depuis quelques semaines, l'expérience du soin à domicile, grâce au SSIIC, devra être évaluée avant d'être élargie à d'autres secteurs du département.

1. Ce pôle couvre un territoire de 180 000 personnes, résidant dans les quartiers sud-ouest et nord de la ville de Nice, la vallée du Var et le canton de Levens.

 

 

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