Le Parlement se penche sur la psychiatrie

Publié le par psyagora

In http://topactus.com/sante/16062009/le-parlement-se-penche-sur-la-psychiatrie.html
le 16 juin 2009 par La Rédaction dans la rubrique
Santé


 

La psychiatrie est en France, depuis l’origine, un secteur où coexistent innovations thérapeutiques et stigmatisation sociale. Cette dualité entre une médecine souvent de pointe, soucieuse de parvenir aux causes de la maladie et donc à la guérison des malades, et une défiance, vis-à-vis des patients comme des soignants, perdure.

L’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé, organisme commun à l’Assemblée nationale et au Sénat, publie un rapport intitulé « La psychiatrie en France : de la stigmatisation à la médecine de pointe» .

Présenté au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (Opeps) par Alain Milon, médecin et sénateur du Vaucluse, le rapport commence par dresser un état des lieux de la psychiatrie. Il constate que, malgré le plan psychiatrie 2005-2008 (1,5 milliard d’euros de financement dont 750 millions d’investissement), « aucune réforme d’ampleur n’a encore été menée» . Les objectifs en matière de santé mentale inscrits dans la loi de santé publique du 9 août 2004 n’ont pas été atteints – par exemple en ce qui concerne le taux de suicides – et certains d’entre eux ne peuvent pas être mesurés avec certitude, faute d’indicateurs fiables. Si la ministre de la Santé a bien annoncé la préparation d’un projet de loi consacré à la santé mentale, son calendrier n’a pas encore été arrêté. Malgré ces difficultés, la psychiatrie française, « pionnière depuis l’origine» , « se maintient toujours au plus haut niveau scientifique et reste en pointe sur certaines maladies» .

Le rapport considère que la psychiatrie est aujourd’hui « à un tournant de son histoire»  et doit évoluer. Mais, « pour qu’elle soit positive, cette évolution devra prendre en compte deux séries d’exigences : centrer les soins sur le malade et mieux connaître la maladie mentale» . L’Opeps a adopté pour cela une quinzaine de propositions.

En matière de soins, le rapport propose ainsi de développer la prise en charge des troubles psychiatriques par catégorie d’âge. Il suggère de créer une spécialisation de niveau master en psychiatrie pour les infirmiers et de permettre aux infirmiers déjà titulaires du diplôme d’Etat d’infirmier de secteur psychiatrique d’exercer une activité libérale. Il préconise aussi de renforcer la formation initiale et continue des médecins généralistes en psychiatrie, ainsi que les échanges d’information avec les psychiatres, et de renforcer les coopérations entre professionnels de santé mentale à partir de protocoles élaborés par la Haute autorité de santé.

En matière de recherche, l’Opeps préconise de développer la recherche interdisciplinaire et de constituer un réseau national dans le domaine de la recherche psychiatrique. Il recommande aussi de mettre en place un suivi de cohortes en matière de troubles psychiatriques et de conduire des études épidémiologiques dans le cadre de la politique régionale de santé. Autre proposition en ce domaine : accorder à FondaMental – fondation de soins et de recherche en santé mentale – un statut équivalent à celui de la fondation Alzheimer.

Pour associer l’ensemble des professionnels concernés à la mise en place d’une nouvelle politique en la matière, le rapport propose d’organiser des Etats généraux de la santé mentale. A partir de leurs travaux, pourrait ensuite être élaboré le futur projet de loi sur la santé mentale « susceptible de permettre l’adaptation de l’organisation territoriale de la psychiatrie aux besoins de la population» .

Les malades et leur famille ne sont pas oubliés, puisque le rapport préconise de « développer les campagnes d’information et de dé-stigmatisation des troubles psychiatriques» .

De la stigmatisation à la médecine de pointe

La psychiatrie est en France, depuis l’origine, un secteur où coexistent innovations thérapeutiques et stigmatisation sociale. Cette dualité entre une médecine souvent de pointe, soucieuse de parvenir aux causes de la maladie et donc à la guérison des malades, et une défiance, vis-à-vis des patients comme des soignants, perdure. Plusieurs incidents dramatiques ont pu accréditer l’idée qu’en remplaçant l’enfermement par des soins en milieu ouvert, on prend le risque de défaillances dans la surveillance de personnes qu’il faudrait d’abord empêcher de nuire.

Or, il est possible de surmonter les déficiences dans l’organisation des soins et de dépasser les cloisonnements entre recherche et thérapeutique. Cela suppose de donner à la psychiatrie les moyens de prendre en charge la santé mentale des Français.

Il faut d’abord améliorer l’accès aux soins pour les patients, qui sont encore trop nombreux à s’en trouver exclus. Une détection précoce et un accompagnement attentif du malade et de son entourage permettront ensuite de limiter les souffrances liées à la maladie tout en réduisant les dépenses croissantes liées au diagnostic tardif.

La mise en oeuvre d’une véritable politique de santé mentale suppose également l’augmentation des capacités de la recherche française, tant fondamentale que pratique, pour faire progresser la thérapeutique dans un domaine encore mal connu.

Enfin, il est essentiel de mener les réformes nécessaires avec les professionnels de santé et de répondre à leurs attentes.

Au travers de quinze propositions, ce rapport de l’office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (Opeps) entend donner toute sa place à la santé mentale en tant que branche, à part entière, de la santé publique.

Sources : Sénat / Hopital.fr – Fédération Hospitalière de France

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